02 juillet 2008

Bienvenue!

    Chères lectrices, chers lecteurs,

    Passionnés de cyclisme,

  Vous avez été si nombreux l’année dernière à suivre le blog que j’avais consacré à la quatre-vingt-quatorzième édition de la Grande Boucle (Le Tour de France 2007 par Richard Patrosso)! A vrai dire et à ma grande surprise (car intervenant d’habitude dans un domaine où le sport n’est pas roi et même où il n’est pas vraiment apprécié pour ne pas être plus précis), vous avez été des milliers! Et mon blog, que j’avais choisi d’héberger, à l’époque, sur le site Sport365 créé par celui qui restera pour toujours « mon maître », Patrick Chêne, et que je regrette tant aux commentaires de France Télévisions quand j’ai la malchance de subir les déboires du soi-disant « journaliste » et -ô combien!- chauviniste Thierry Adam parce que ce jour-là, je ne peux pas suivre la retransmission de la course sur Eurosport où la bonne ambiance règne entre Patrick Chassé, le commentateur, Jacky Durand et Richard Virenque, les deux consultants; mon blog, donc, fût classé « blog star » des blogs Sport365 pendant des semaines. Là aussi, cette reconnaissance fût à la fois une surprise, une joie et une fierté!

  Une surprise parce que j’avais créé ce blog dans la précipitation quelques jours avant la course (le premier billet publié est daté du 18 juin). Une joie parce qu’un site consacré au Sport élevait au rang de « blog star » un blog consacré au cyclisme. Une fierté parce que le site fondé par Patrick Chêne reconnaissait publiquement mon travail commencé (et envisagé) depuis seulement quelques jours. Cette reconnaissance dura jusqu’à la fin de la course. C’est-à-dire jusqu’à la fin du blog en question (qui est, cependant, toujours en ligne aujourd’hui comme vous avez pu le constater).

  Fort de ce succès donc, j’envisageais dès la fin du Tour de France 2007 de recommencer l’aventure pour l’année suivante. En fait, le succès soudain de ce blog parti de rien m’obligeait, avec joie et plaisir, à prendre rendez-vous avec la blogosphère pour chaque mois de Juillet à venir. C’est ainsi qu’aujourd’hui je lance avec enthousiasme ce nouveau blog consacré au Tour de France et uniquement à celui-ci. Tout au long de l’épreuve, je m’attacherai à commenter, à l’aide de billets courts et précis, chaque jour l’étape disputée. Comme l’année dernière et parce que vous l’avez apprécié, je vous livrerai une analyse originale de la course. Sans langue de bois. Chaque jour, je tâcherai à ce que soit expliqué ici ce que, ailleurs, les autres analystes ne disent pas.

  Maintenant que le blog est lancé, je vous souhaite un agréable Tour de France et vous donne rendez-vous samedi prochain pour la première analyse de la course.

 

Cyclismement vôtre!

  Richie

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06 juillet 2008

Valverde comme un maître!

  Étape 1 : Brest-Plumelec (197,5 km)

  Pas de parade cette année! Le prologue étant remplacé par une étape de près de 200 kilomètres, les coureurs n’ont pas offert un défilé personnel au public. C’est dans un peloton groupé qu’ils ont du prendre le départ. Place directement à la course! Avec tous les risques qu’elle comporte. Cette année donc, le Tour pouvait se terminer et se perdre dès le premier jour. Hervé Duclos-Lassalle au quatre-vingt-seizième kilomètre nous a démontré -hélas- la première théorie. Moment terrible pour un coureur qui découvre le Tour de France.

  Sylvain Chavanel n’est pas passé loin non plus de l’abandon. Lui aussi a été victime d’une chute. Comme Mauricio Soler, meilleur grimpeur l’année dernière, qui a déboursé plus de trois minutes sur la ligne d’arrivée. En général, les grimpeurs n’aiment pas les contre la montre, même pas ceux des prologues. Finalement, cette autre façon de commencer l’épreuve n‘aura pas avantagé le pur grimpeur colombien. Pour lui, l’espoir d’arrivée en jaune à Paris est quasiment fini.

  Il ne fallait pas seulement avoir peur de tomber. Il fallait également veiller à ne pas se faire piéger à cause du vent de face, d’une cassure suite à une chute ou à cause de l’arrivée en côte. Partant du principe que la meilleure défense est l’attaque, Kim Kirchen a tenté de jouer la victoire d’étape, mais Alejandro Valverde était le plus fort et le plus malin. S’il ne relègue Kim Kirchen, Cadel Evans et Fränk Schleck qu’à une seconde de lui, il met déjà sept secondes à Carlos Sastre, Andy Schleck, Damiano Cunego, Denis Menchov, Christian Knees, Stijn Devolder, Thomas Lövkvist et Roman Kreuziger. Des secondes précieuses puisque le Tour a déjà été perdu pour huit secondes. Ces hommes devront donc être encore plus vigilants demain.

  Côté français, les coureurs sont en forme. Comme chaque année, ils ont attaqué très tôt. Lilian Gégou, parce que régional de l’étape, a déclenché les hostilités dès le quatrième kilomètre. En vain pour la victoire d’étape. Mais le festival habituel français continue : Thomas Voeckler, dont on disait il y a quatre ans que la Voecklermania succédait à la Virenquemania, nous offre le premier lot de consolation de ce Tour, qui est, c’est une habitude, le maillot à pois, qu’il devra défendre demain entre Auray et Saint-Brieuc. Une tâche très difficile pour le français qui est ex æquo en nombre de points avec l’allemand Björn Schröder.

  Cette première étape aura donc été à la fois belle et cruelle. Il y a longtemps que l’on n’avait plus vu les favoris du Tour se battre dès la première étape. Ça fait plaisir et ça promet pour la suite! Que cela continue ainsi! Le cyclisme s'embellit. C'est beau!

Hushovd le plus chanceux!

  Étape 2 : Auray/Saint-Brieuc (164,5 km)

  Quatre noms :

   - Sylvain Chavanel : A deux jours du premier contre-la-montre individuel de ce Tour de France, Sylvain Chavanel n’a pas eu peur de se lancer dans la première échappée de la journée. Une attitude qui fait plaisir et qui change de la tactique adoptée des semaines plus tôt par le coureur de Cofidis pour le championnat de France contre-la-montre qu’il a remporté la semaine dernière. Entre Cholet et Cholet, mardi les jambes lui manqueront peut-être, mais puisqu’il ne peut pas lutter contre un Cancellera dans ce genre d’exercice malgré son titre national de la discipline, tenter sa chance aujourd’hui était une bonne idée.

  Fabian Wegmann et Sylvain Chavannel, deux possibles outsiders de ce Tour, accompagnés de Jens Voigt et trois autres coureurs était un scénario trop dangereux pour que le peloton accorde à la première échappée du jour un bon de sortie sur cette étape où la météo a alterné entre du vent, de la pluie et des rayons de soleil. Mais le français a fait preuve de caractère et a insisté quand même après le premier grand prix de la montagne. Tromper le peloton qui pensait que seule la course au maillot à pois l’intéressait était une excellente idée. Malheureusement pour Chavanel, seul Voeckler, fatigué de la veille, l’a suivi. A deux (ou plutôt un et demi), bien sûr, il était difficile d’empêcher un retour du peloton. Un peloton qui a avalé Chavanel dans les derniers hectomètres de l’étape comme si, pour le Français, l’Histoire se répétait. Après Montpellier, Saint-Brieuc rime avec malchance pour le français.

  - Marc Madiot : Il est absurde de reprocher au manager de la Française des Jeux d’avoir fait rouler ses hommes derrière des français. Comme il l’a dit, il est là pour défendre « ses couleurs » et non celles de la France. Si le Tour se courait par équipes nationales, nous le saurions. Ce n’est pas le cas et le final était taillé pour un Philippe Gilbert. Il fallait donc tenter sa chance ou alors il ne sert à rien de venir sur une course si ce n’est pas pour faire la course. Hélas! un coureur n’est à l’abri de rien et la chute qui a eu lieu à moins de trois kilomètres de la ligne d’arrivée a privé le belge de tout espoir de victoire. Le travail de la formation française n’est donc pas récompensé ce soir et Gilbert est déjà hors course pour le maillot vert qu’il portait aujourd’hui par défaut.

- Kim Kirchen : Le malheureux du dernier Tour de Suisse rappelle Bernard Hinault. Même s’il peut jouer la gagne du Tour, il n’a pas peur de disputer les sprints. Si hier le parcours expliquait qu’on l’ait vu devant dans les derniers hectomètres, aujourd’hui sa deuxième place, entre Thor Hushovd et Gerald Ciolek, deux spécialistes de la discipline, fait plaisir. Il y a longtemps que l’on n’avait pas vu un coureur capable de courir comme Merckx et le blaireau. De plus, si Kim Kirchen continue à multiplier les places d’honneur dans les sprints, il ne faudra pas l’exclure de le voir en vert à Paris. Encore faut-il qu’il y pense! Ceux qui aiment le cyclisme ne peuvent que l’espérer.

- Thor Hushovd : En remportant cette étape, il nous a prouvé qu’il était l’un des plus rapides de ce peloton. Maintenant qu’il a son étape, il peut penser tranquillement au classement de la régularité.

  Trois remarques :

- Privé de prologue et privé d’un dernier kilomètre plat dans la première étape, le suisse Fabian Cancellera a bien essayé d’être fidèle à lui-même dans le dernier kilomètre aujourd’hui. Mais la route était peut-être trop élevée encore pour rééditer l’exploit de l’année dernière et le doublé de maître qu’il nous avait offert sur le dernier Tour de Suisse. Mardi, il aura moins de trente kilomètres pour se venger et montrer à tous qu’il est non seulement champion de suisse du contre-la-montre, mais aussi champion du monde de cette discipline.

- Thomas Voeckler s'est peut-être fatigué très tôt dans ce Tour. Mais lui n’a pas de regrets à avoir de ne pas être allé au bout dans cette étape. Son objectif était de consolider son maillot à pois. Pour cela, il fallait passer la journée devant. Chavanel lui a permis de faire ce qu’ils étaient certainement peu à avoir parié ce matin qu'il ferait. Désormais, il est sûr d’être le leader du classement de la montagne jusqu’à jeudi : premier rendez-vous des grimpeurs.

- Juan Mauricio Soler, le meilleur grimpeur de l’année dernière, a encore perdu du temps aujourd’hui. Près de 7 minutes et 20 secondes. C’est énorme! C’est même le temps du dernier de l’étape qu’il est. Incapable de suivre quand le rythme s’accélère, la souffrance endurée par le colombien le rend plus fort pour l’avenir. Mais malheureusement, s’il est encore incapable de tenir son guidon (comme nous l'avons constaté hier) dans quatre jours, il ne pourra pas descendre les cols. Un handicap qui pourrait bien mettre fin à sa participation au Tour.

07 juillet 2008

La plus belle de Dumoulin

  Étape 3 : Saint-Malo/Nantes (208 km)

  Les sprinteurs : c’était leur étape. Après deux arrivées plutôt taillées pour les puncheurs, l’étape d’aujourd’hui ne répertoriait aucune côte. De quoi enfin sourire aux maîtres du sprint. Comme par exemple Erik Zabel qui fêtait ses 38 ans.

  L’échappée : une échappée dès les premiers kilomètres était à prévoir. Elle s’est dessinée dès le septième kilomètre sous l’impulsion de William Frischkorn accompagné par trois hommes seulement et aucun dangereux au général. Dans ces conditions, le peloton pouvait accorder un bon de sortie au coureur de l’équipe Garmin et à ses compagnons Feillu, Dumoulin et Paolo Longo Borghini afin de temporiser la course.

  La surprise : les années précédentes nous avaient habitué à ce que l’échappée du jour n’aille pas au bout. La course étant réglée par les directeurs sportifs dans leur voiture qui transmettaient les ordres en temps réel par oreillettes à leurs coureurs en fonction du déroulement de la course suivie en direct grâce aux nouvelles technologies. Les coureurs n’avaient qu’à pédaler comme on le leur disait. La théorie se transformait alors parfaitement en pratique. Mais l’oreillette n’empêche pas les imprévus. C’est ainsi qu’aujourd’hui, le vent de dos qui soufflait dans le final avantagea les échappées et les cassures provoquées par les chutes désavantageaient le peloton. Esseulé dans le premier groupe, le sprinteur Oscar Freire ne pouvait pas faire rouler ses équipiers derrière les hommes de tête.

  La vigilance : c’est un mot que le coureur cycliste doit toujours avoir en tête. Et quand il est outsider ou favori du Tour, afin de ne pas se faire piéger, il doit courir dans les premiers rangs du peloton même si être en queue de celui-ci permettrait une totale économie bénéfique pour les jours à venir. Menchov et Ricco étaient peut-être prudents, mais ils n’ont pas réussi à éviter le piège et sur la ligne d’arrivée, leur retard sur le groupe des favoris est de 38 secondes. C’est toujours ça de perdu et ce dès la troisième étape.

  Le maillot vert : en terminant onzième de l’étape et septième du sprint du peloton, Kim Kirchen continue à se battre pour son maillot vert. Son avance sur les spécialistes du classement de la régularité se réduit peut-être (ce soir, il n’y a plus que cinq points d’écart entre Hushovd (deuxième) et lui), mais dès jeudi il sera le seul à pouvoir prendre des points dans les étapes de montagne puisqu’il est le seul de ces coureurs à grimper. A noter aussi que Valverde, quatrième au général de ce classement ne prend aucun point aujourd’hui. Il semblerait donc que le seul coureur qui pourrait rivaliser avec lui tout au long des trois semaines pour ce maillot ne convoite pas ce classement.

  Le bon coup : Samuel Dumoulin ne peut pas rivaliser avec les meilleurs sprinteurs. Il valait donc mieux pour lui se faufiler dans une échappée. En début de Tour, ce pari est souvent perdu, mais preuve que le panache est toujours payant, ce soir, il a certainement remporté la plus belle victoire de sa carrière.

  Le maillot jaune : c’est « le rêve de gosse » de tous les coureurs, paraît-il. Ce soir, Romain Feillu l’a réalisé. En se calant dans la roue de Longo Borghini lorsque Dumoulin a attaqué dans les derniers hectomètres de l’étape et en refusant de collaborer avec lui pour aller chercher les deux de devant, puis en attaquant au lieu de lui prendre le relais, Feillu a parfaitement manœuvré pour piéger son premier adversaire au classement général. Au final, il lui met 14 secondes sur la ligne d’arrivée, ce qui fait 35 secondes d’avance au général au lieu de 21. C’est peut-être maigre, mais c’est peut-être ce qui sera suffisant demain pour garder le maillot jaune sur les épaules à l’issue du contre-la-montre de seulement 30 kilomètres. De quoi résister à un spécialiste de la discipline comme Cancellera. Rien n’est joué, certes! Mais le mérite de Feillu est d’avoir intelligemment mis toutes les chances de son côté pour conquérir et garder ce maillot.

  Des manifestants : en plus des chutes, les imprévus sur ce Tour peuvent venir de l’extérieur comme nous l’avons constaté aujourd’hui avec la présence de manifestants sur le bord de la route à 58 kilomètres de l’arrivée. Ce genre d’évènements peut retarder les coureurs de plusieurs minutes. Une autre bonne raison de ne pas laisser trop d’avance aux échappées contrairement à ce que nous avons vu aujourd’hui.

08 juillet 2008

Le coup double de Schumacher

Étape 4 : Cholet/Cholet (29,5 km, clm individuel)

  L’étape : C’était enfin le premier exercice contre la montre de ce Tour! Après une arrivée trop casse-pattes samedi à Plumelec et une tentative vaine avant-hier à Saint-Brieuc, Fabian Cancellera allait enfin pouvoir prendre sa revanche sur ce parcours bien particulier de la Grande Boucle qui l’a privé de prologue. Mais parce que le cyclisme n’est pas une science exacte et qu’être le favori n’engendre pas automatiquement la victoire, le champion du monde de la discipline pouvait ne pas gagner… et il n’a pas gagné.

  Gagner du temps : Sur un contre-la-montre, c’est toujours l’objectif pour un favori du Tour. Aujourd’hui, Cadel Evans devait mettre à profits ses qualités de rouleur pour distancer le plus loin possible de lui au classement général ses adversaires grimpeurs que sont Cunego et Ricco. Ce soir, Evans peut être satisfait puisque le premier a perdu une minute sur une lui et le second trois minutes neuf secondes.

  Ne pas perdre de temps : Sur un contre-la-montre, c’est le devoir d’un pur grimpeur qui vise le classement général. Si Evans possède une minute cinq secondes d’avance au classement général sur Cunego ce soir, ce dernier a néanmoins réalisé une très belle performance puisqu’il ne concède à l’australien qu’une minute sur le parcours. Pur grimpeur et apparemment très en forme, l’italien de la Liquigas est bien loin d’être éliminé de la course au maillot jaune à l’issue de cette étape. En considérant qu’il ne perde que le double de son temps perdu aujourd’hui dans le dernier contre-la-montre de 53 km le 26 juillet, l’italien pourrait bien remporter cette quatre-vingt-quinzième édition de la Grande Boucle. Pour cela, il faudra bien sûr qu’il domine dans les étapes de haute montagne.

  Perdre du temps : Si certains devaient se donner à fond pour gagner l’étape, rattraper leur retard au général ou ne pas perdre le Tour aujourd’hui, d’autres devaient profiter de cette course contre la montre afin de perdre le maximum de temps possible tout en évitant le hors délais. C’est le cas des baroudeurs comme Thomas Voeckler que l’on a déjà vu à l’ouvrage ou Christophe Moreau, qui peut remporter une étape et surtout qui affiche son désir de ramener la tunique à pois rouges à Paris. Avec déjà quatre minutes cinquante-huit secondes de retard sur Cadel Evans au général, le français pourrait bien se glisser librement dans une échappée dès jeudi et récolter des points précieux au sommet des cols. Il en a déjà trois.

  Le problème de Chavanel : Sylvain Chavanel avait annoncé viser le top 5 de cette étape. Certes, quand on porte le maillot de champion de France de la discipline, on a certaines obligations. Mais, le coureur de l’équipe Cofidis n’avait aucune chance face à un Cancellara. Alors, quand aux temps intermédiaires, il s’est aperçu qu’à chaque fois, il passait avec trop de retard pour réaliser le meilleur temps sur la ligne d’arrivée, le français aurait du lever le pied afin de reculer le plus possible au classement général pour se donner des chances de se voir accorder des bons de sortie dans les étapes à venir qu’il peut remporter.

  Le maillot jaune : c’est ce que Romain Feillu a perdu aujourd’hui et la tunique que Schumacher a endossé en remportant l’étape. Mais, c’est aussi l’habit que pourrait bien revêtir Kim Kirchen jeudi à l’issue de la première étape de montagne puisqu’en se classant aujourd’hui deuxième de l’étape à dix-huit secondes du vainqueur et avec neuf secondes d’avance sur Evans le favori, il possède aussi neuf secondes d’avance sur Evans au classement général.

  Le maillot vert : En général, le maillot vert ne se joue pas sur les étapes de contre-la-montre puisque cet exercice ne convient pas aux sprinteurs. Mais cette année, Kim Kirchen est dans la course et aujourd’hui, il a pu profiter de cette faiblesse des rois du sprint pour accentuer son avance sur ces derniers. Outsider hier, il devient ce soir l’un des favoris de ce classement.

09 juillet 2008

Cavendish, mais à quel prix?

 

Étape 5 : Cholet/Châteauroux (232 km) 

La dernière chance : Si hier le contre-la-montre était l’étape la plus courte de ce Tour, celle d’aujourd’hui était la plus longue et aussi la plus plate de cette première semaine de course. L’occasion pour les routiers-sprinters de s’expliquer vraiment entre eux après les profils des deux premières arrivées pas vraiment taillés pour eux, le piège dans lequel ils sont tombés à Nantes et avant la première étape de montagne qui se courra demain.

La traditionnelle échappée : Aujourd’hui, trois hommes avaient pris le large dès les premiers kilomètres de course. Parce qu’à trois il n’est pas possible de lutter contre un peloton de cent quatre-vingt unités et parce qu’aucun d’entre eux n’était dangereux au classement général, les équipes des sprinteurs et l’équipe du maillot jaune leur ont très vite accordé un bon de sortie. Cependant, nous pouvons nous interroger sur les intentions de cette échappée. En effet, quand Vogondy déclare qu’il fallait un coureur d’Agritubel devant aujourd’hui parce que l’étape passe tout près du siège de l’entreprise qui l’emploie, nous pouvons nous demander si certaines équipes viennent sur la Grande Boucle pour « faire la course » ou pour « faire de la publicité ». Et quand les coureurs français se réjouissent d’avoir encore été devant aujourd’hui, nous pouvons nous demander s’ils ont compris que ce n’est pas le spectacle qui compte, mais le résultat final. Des échappées de centaines de kilomètres, il n’en restera rien dans les livres d’Histoire tandis que le nom du vainqueur, lui, est gravé à tout jamais.

Une nouvelle course : Si le peloton n’a jamais laissé plus de neuf minutes aux échappées, nous avons pu constater une nouvelle manière de courir. Après des années passées à s’être habitué à ce que les directeurs sportifs fassent la course depuis leurs voitures grâce aux oreillettes et comme si les coursiers étaient leurs marionnettes, désormais il semblerait que les échappés aient tiré quelques leçons de cette situation. Ainsi, ils semblent profiter de leur avance confortable pour lever le pied afin d’en garder sous la pédale pour les derniers kilomètres à parcourir. En fin de course, si les coureurs du peloton sont plus nombreux, il semblerait que les échappées soient assez frais pour pouvoir leur tenir tête. C’est ainsi que si aujourd’hui les échappées ont échoué, le peloton n’est pas passé loin de l’échec.

Une tactique incompréhensible : Comment critiquer une équipe quand elle gagne une étape? Ce n’est pas possible, certes! Une victoire d’étape est un objectif atteint. Cependant, le Team Columbia a fait certainement une erreur aujourd’hui en travaillant pour son sprinteur Cavendish au détriment de son maillot vert Kim Kirchen. Le luxembourgeois perd ce soir sa tunique en ne marquant aucun point au classement de la régularité à l’issue de cette étape tandis que Thor Hushovd, qui le devance désormais de sept points à ce classement, ne risque pas d’être inquiété par les coéquipiers sprinteurs de celui qu’il vient de détrôner puisque Cavendish (qui n’est pas sûr de passer les étapes de montagne) accuse un retard de trente-sept points sur le sprinteur norvégien et Ciolek n’a récolté que vingt-six points depuis le début du Tour à ce classement, ce qui le place à la vingt-deuxième place. Si à Paris Kirchen échoue pour sept ou moins de sept points au classement de la régularité, son équipe sur l’étape d’aujourd’hui devra regretter son attitude d’aujourd’hui.

La chute : C’était encore ce que les grimpeurs et les favoris devaient craindre aujourd’hui. Et c’est ce qui est arrivé à Alejandro Valverde et John Gadret. A la veille de la première étape de montagne, cela ne leur laisse pas assez de temps pour récupérer.

L’abandon de Soler : Le meilleur grimpeur de l’année dernière a fait preuve de beaucoup de courage depuis la première étape de ce Tour. Mais dans son état, un abandon était plus prudent. Un abandon qui permettra aux prétendants au maillot à pois d’avoir plus de liberté (notamment Christophe Moreau et Rémi Di Gregorio) et à l’équipe Barloworld de se concentrer uniquement sur les sprints de son coureur Robert Hunter.

10 juillet 2008

Cunego en super baisse?

Étape 6 : Aigurande/Super-Besse

  L’étape : C’était aujourd’hui la première étape de montagne avec deux cols de deuxième catégorie dont un servait d’arrivée. Mais, tout au long de l’étape, nous avons pu constater que la route n’était pas assez pentue pour que les favoris de ce Tour de France passent à l’offensive. En effet, déclencher la grande bagarre sur un parcours aussi roulant serait revenu à gaspiller ses forces pour rien.

  Une échappée de plus : Si les favoris devaient se contenter de ne pas perdre de temps, les autres coureurs du peloton, eux, pouvaient profiter du profil de l’étape pour lancer une offensive qui aille au bout. C’est ce qu’a tenté de faire Sylvain Chavanel dès le sixième kilomètre avec la complicité de Benoît Vaugrenard et Freddy Bichot.

  Pas de bon de sortie : Contrairement aux autres années lors de la première étape de montagne, le peloton n’a pas accordé de bon de sortie aux échappées. C’est l’équipe Caisse d’Épargne qui a contrôlé la course pour que son leader, Alejandro Valverde, s’impose à l’arrivée à Super-Besse comme s’il sait déjà qu’il ne pourra pas lutter contre Cadel Evans dans la course au classement général ou comme si celui que l’on surnomme « le surdoué » a décidé de prendre tout ce qu’il peut. Signe de faiblesse ou « cannibalisme » de la part du champion d’Espagne? Nous devrions avoir une première réponse dès dimanche et être fixé définitivement lundi au sommet d’Hautacam.

Le maillot à pois : Tous les prétendants au maillot à pois devaient marquer des points aujourd’hui. C’est ce qu’a fait Sylvain Chavanel même s’il sera difficile pour lui de s’inscrire dans la lutte pour ce classement lors des prochains jours, mais ce que n’a pas fait Christophe Moreau. Pire, ce dernier n’a pas pu suivre les meilleurs dans la dernière ascension, rendant vain les efforts consentis entre Aubray et Saint-Brieuc lors de la deuxième étape. Rémi Di Gregorio, lui non plus, n’a pas marqué de point aujourd’hui (il n’en a d’ailleurs aucun au classement général de ce maillot) tandis qu’en remportant l’étape, Riccardo Ricco apparaît désormais comme le futur successeur de Juan-Mauricio Soler.

  Vert et Jaune : En se classant cinquième de l’étape, Kim Kirchen prend le maillot jaune et nous démontre une nouvelle fois qu’il peut remporter le classement de la régularité en reprenant le maillot vert.

  Les favoris : Si le profil de l’étape était trop roulant pour gagner le Tour aujourd’hui, les favoris ne devaient pas, en revanche, manquer à l’appel sur la ligne d’arrivée. Et Cadel Evans, Alejandro Valverde, Riccardo Ricco, Fränk Schleck (même s’il perd quatre secondes sur le premier de l’étape), Kim Kirchen, Roman Kreuziger et Carlos Sastre (même si les deux derniers perdent sept secondes sur la ligne d’arrivée) sont au rendez-vous. Stijn Devolder, lui,  perd dix-neuf secondes sur Ricco, mais il faudra attendre la haute montagne pour juger.

  Les premières défaillances : C’est dans une arrivée comme celle de Super-Besse que nous pouvons voir qui ne tiendra pas son rôle sur le Tour. Et les premiers signes inquiétants ont été donnés aujourd’hui par Damiano Cunego que nous avons vu faire un signe négatif de la tête comme s’il répondait à son directeur sportif qui lui demandait dans l’oreillette de s’accrocher aux meilleurs. L’ancien vainqueur du Giro ne pouvait donc pas suivre le rythme imposé par Valverde, Evans et Ricco. Peut-être paye-t-il ses efforts de son super contre-la-montre de mardi. Dans ce cas, il s’en remettra peut-être. S’il doit avoir « un jour sans » sur ce Tour, souhaitons-lui qu’il l’a eu aujourd’hui! Si cette défaillance est dû à l’entraînement, alors Cunego est dès ce soir et à trois jours de la première étape de haute montagne, le premier grand favori éliminé de la course au maillot jaune.

  L’autre favori du Tour qui a plié aujourd’hui est Andy Schleck qui termine à quarante-cinq secondes du premier. Là aussi, c’est inquiétant! Surtout que la haute montagne est encore loin! Mais, attention aux apparences! Celui qui a été en forme aujourd’hui peut connaître un « jour sans » lors des prochaines étapes et celui qui n’a pas été à la hauteur peut puiser dans sa défaillance une force de motivation considérable!

  Une remarque : Un coureur ne doit pas nous laisser indifférent aujourd’hui! Il s’agit de Rémi Pauriol qui a attaqué dans le col de la Croix-Morand. Son attitude, sa hargne sur le vélo, sa détermination qui était visible, son envie de bien faire qui se dégageait nous ont montré qu’il est un coureur qui en veut et qu’il faudra compter avec lui à l’avenir.

11 juillet 2008

La bonne course de De la Fuente!

Étape 7 : Brioude/Aurillac (159 km)

L’étape : Le parcours, très court (moins de 160 km), était vallonné et propice aux attaquants qui grimpent, mais qui ne peuvent pas suivre les meilleurs dans la haute montagne. Ce n’était donc pas une journée de repos et il fallait s’attendre à des attaques à répétition jusqu’à ce que le bon coup parte : c’est ce qui s’est passé avec les tentatives vaines de Moreau, puis de Millar. Il fallait aussi être très vigilent car les routes départementales, qui étaient empruntées aujourd’hui, rendent la course encore plus dangereuses comme nous avons pu le constater l’année dernière lors de la cinquième étape entre Chablis et Autun.

Les absents : Le profil de l’étape d’aujourd’hui était taillé pour des coureurs comme Moncoutié, Casar ou Flecha. Piégés par le déroulement de la course ou sans force, ces hommes ont perdu aujourd’hui une belle occasion de remporter une étape sur ce Tour.

Perdre du temps : Si pour défendre son maillot à pois il devait être devant, Sylvain Chavanel n’a peut-être pas tout perdu en étant l’une des victimes de la bordure CSC. En effet, comme les absents du jour, il a perdu énormément de temps : ce qui lui permettra de se voir accorder plus facilement un bon de sortie dans les prochains jours.

Chute et bordures : Les CSC nous ont offert une très belle course avec un coup de bordure qui a duré pendant une vingtaine de kilomètres obligeant Cunego, piégé, à rouler lui-même pour opérer la jonction qui s’est faite au pied du premier col de deuxième catégorie de la journée (le col d’Entremont). Un coup de bordure qui n’aura pas été vain puisque l’italien, favori du général, a payé ses efforts dans la dernière côte du jour et termine l’étape à vingt-sept secondes des autres prétendants à la victoire finale. Au total, Cunego accuse un retard de deux minutes et neuf secondes sur le maillot jaune Kim Kirchen à deux jours de la première explication pyrénéenne. Un écart important donc! Mais, si la course des CSC a été belle, elle n’a peut-être pas été fair-play pour autant. En effet, lorsque le coup de bordure a été tenté, Cunego, qui venait d’être victime d’une chute, n’avait pas encore rejoint le peloton de tête. Une chute qui rappelle une fois encore que tout peut arriver (et que donc tout peut se perdre) avant même que la grande bagarre ne commence vraiment.

Le maillot à pois : Ceux qui visent le classement général de la montagne n’avaient pas intérêt à laisser leurs adversaires marquer des points aux sommets des côtes et des cols empruntés aujourd’hui. David De la Fuente l’a très bien compris et a profité de l’absence de Chavanel, Moncoutié, Di Gregorio et Moreau pour passer en tête au sommet des deux cols de deuxième catégorie. Avec Riccardo Ricco comme équipier, le nouveau porteur du maillot à pois est bien parti pour ramener cette tunique à Paris.

Du vert et du jaune : En disputant différents sprints intermédiaires qui étaient aujourd’hui à la portée des sprinteurs, Kim Kirchen nous a démontré encore une fois que le maillot jaune ne lui suffisait pas et qu’il était bien capable de remporter le classement par points. Distancés dans la dernière côte, les sprinteurs favoris à ce classement ont perdu une belle occasion de marquer des points pour ce classement à l’arrivée de l’une des seules étapes vallonnées qu’ils pouvaient passer.

L’impossible Zabel : Parce qu’il n’a pas pu rester dans le premier groupe à l’issue de la dernière côte du parcours, Erik Zabel a perdu lui aussi une belle occasion de remporter une étape sur ce Tour aujourd’hui. En effet, l’allemand était l’un des seuls sprinteurs (si ce n’est le seul) capables d’arriver dans le groupe des meilleurs sur une telle étape.

La course d’équipe : Parce qu’il était impossible que le groupe des sprinteurs rentrent sur le groupe des favoris dans la descente précédant l’arrivée, les coureurs les plus rapides du groupe auraient dû prendre la roue d’Alejandro Valverde, qui était le plus rapide de tous. Mais l’équipe du champion d’Espagne, la Caisse d’Épargne, a su jouer de cette situation en lançant à l’avant Luis-Leon Sanchez. Une tactique payante puisqu’il a remporté l’étape avec six secondes d’avance.

Magnus Backstedt : Un profil d’étape comme celui d’aujourd’hui avec un déroulement de la course comme celui que nous avons eu n’avantageaient pas les géants du Nord, ceux qui se plaisent dans les tranchées faites de pavées. Arrivé hors délai, l’ancien vainqueur de Paris-Roubaix, Magnus Backstedt a du mérite! Mais le règlement reste le règlement et si certains coureurs se plaisent à passer des journées entières devant pour faire leur publicité au lieu de préserver leurs chances pour le final, les commissaires, eux, savent que même le Tour de France est une course qui n’est pas une simple fête. C’est ainsi que ce soir, le géant suédois n’est pas repêché.

12 juillet 2008

Cavendish sous la pluie

Étape 8 : Figeac/Toulouse (172 km)

L’étape : Entre l’étape d’hier et l’étape de demain, celle d’aujourd’hui offrait aux routiers-sprinteurs une dernière chance pour s’imposer avant la montagne.

La météo : Cette huitième étape était dite de transition, mais comme un jour de course n’est jamais un jour de repos, il fallait encore rester très vigilant aujourd’hui. Ricco en sait quelque chose puisqu’il a chuté. Et la raison principale pour laquelle les 172 kilomètres à parcourir étaient très dangereux était bien sûr le temps. En effet, il n’y a pas pire que la pluie. Elle qui rend la chaussée très glissante. Les favoris du Tour devaient donc se tenir éloignés des frottements des sprinteurs. C’est ce qu’ils ont su faire sans perdre de temps pour autant.

Le maillot à pois : Si les cent derniers kilomètres ne comportaient aucune côte répertoriée et si celles qui étaient au menu du jour n’offraient au maximum que quatre points, il était intelligent de la part de De la Fuente de ne pas rester caché aujourd’hui. En effet, le porteur du maillot à pois pourrait bien être amené à se sacrifier pour son coéquipier Ricco dans les deux étapes de haute montagne qui viennent : ce qui pourrait bien l’éliminer du classement des grimpeurs. Il a donc raison de prendre tous les points qu’il peut.

L’échappée : Pour gagner l’étape aujourd’hui, il fallait soit être sprinteur et mettre ses équipiers au travail pour que le peloton arrive groupé, soit être un baroudeur et partir dans les soixante-dix premiers kilomètres de course afin de profiter des petites côtes à escalader pour creuser les écarts. C’est ce qu’a fait Laurent Lefèvre suivi de son coéquipier Jérôme Pineau, de l’espagnol Amets Txurruka et du français Christophe Riblon. Mais les écarts n’étaient pas assez importants et dans cette étape sans vent, les équipes des sprinteurs ont su manœuvrer pour ne pas risquer de se faire piéger cette fois-ci.

Le maillot vert : Les candidats au classement de la régularité auraient pu profiter de cette étape plate pour marquer des points lors des sprints intermédiaires. Au lieu de cela, ils ont laissé partir des échappés et préférer marquer des points à l’arrivée où Kirchen ne prend rien (: une attitude raisonnable à cause de la pluie). Mais même à l’issue de ce sprint massif et dangereux, les deux premiers rivaux du leader de ce classement que sont Oscar Freire et Thor Hushovd n’arrivent pas à dépasser Kirchen puisque le coureur de la Rabobank et celui du Team Columbia possèdent en tout le même nombre de points. Pire, sans disputer les sprints, Kirchen arrive à empêcher ses rivaux de lui reprendre trop de points puisque deux de ses coéquipiers sont des sprinteurs (Cavendish et Ciolek) et qu’aujourd’hui, ces derniers finissent aux deux premières places de l’étape. Même absent des sprints, Kirchen sera donc dur à battre. Le travail en équipe du Team Columbia est parfait. Demain, ce sera au luxembourgeois de jouer sur un terrain qui lui convient bien et où ses rivaux du maillot vert ne pourront pas lutter puisqu’ils seront naturellement éliminés au plus tard dans Peyresourde. Ils auront donc intérêt à contrôler le peloton jusqu’au cent onzième kilomètre s’ils veulent grappiller les quelques misérables points (mais ô combien importants!) proposés lors des deux seuls sprints intermédiaires.

Gaspillage  des forces : A la veille de la première étape de haute montagne de ce Tour, Ricco a mis vingt minutes pour rentrer dans le peloton après sa chute et Rémi Pauriol a effectué un gros travail en tête de peloton pour ramener son leader Hushovd sur les hommes de tête. Des efforts nécessaires pour le premier et inutiles pour le second que tous deux risquent de payer demain. Ce serait dommage pour Pauriol de ne pas être dans le groupe de tête à Bagnères-de-Bigorre demain à cause de cela. Mais c’est aussi le problème pour un coureur d’être considéré comme un jeune sans expérience qui a tout à apprendre alors que les années passent vite.

La malchance : David Millar est décidément très malchanceux depuis le début de saison. Après avoir cassé sa chaîne sur une étape du Giro alors qu’il était bien placé pour gagner et après avoir crevé hier alors qu’il était échappé, il a encore crevé aujourd’hui dans le final de l’étape.

13 juillet 2008

Coco… Ricco!

Étape 9 : Toulouse/Bagnères-de-Bigorre (224 km)

L’étape : Avec deux cols de première catégorie, le peloton entrait aujourd’hui dans le vif du sujet. Le Tour des favoris pouvait enfin commencer. A moins que l’arrivée en descente pousse cette année encore les leaders à se neutraliser : une erreur!

Le maillot à pois : Contrairement aux autres années, le peloton n’a pas accordé de bon de sortie à une grosse échappée. Il a préféré laisser partir trois coureurs qui n’avaient aucune chance de basculer en tête du dernier col. Une attitude qui ne fait pas les affaires de David De la Fuente. En effet, le porteur du maillot à pois aurait dû profiter du menu du jour pour ramasser les soixante et onze points qui étaient à prendre aux sommets des sept montées répertoriées. Au lieu de cela, il ne récolte que vingt-sept points en deux cols tandis que son coéquipier, Riccardo Ricco, en a empoché trente en une seule montée. Plus inquiétant : le peloton n’a pas laissé partir De la Fuente quand il a tenté de s’échapper dans les premiers kilomètres de l’étape. Or, nous l’avons bien vu aujourd’hui, l’espagnol est incapable de rivaliser avec les meilleurs grimpeurs lorsque la route s’élève sévèrement. Par conséquent, il est nécessaire pour lui de faire des échappées à la Virenque pour remporter le classement de la montagne. Si le peloton ne le laisse pas faire, il sera obligé d’abandonner sa tunique à son coéquipier Ricco, qui, lui, n’a pas besoin de classement spécifique pour être reconnu comme le meilleur grimpeur de ce Tour. Avec déjà cinquante points au classement ce soir et avec seulement onze points de retard sur son équipier, l’italien pourrait bien attraper la varicelle dès demain.

La chute : C’est bien sûr ce que redoute les favoris. C’est ce qui peut éliminer un coureur à tout moment. Luis Ocaña le sait mieux que personne. Cadel Evans, lui, s’est fait une petite frayeur aujourd’hui. S’il est reparti et s’il faudra attendre demain pour savoir si ses blessures le handicapent vraiment, sa chute nous a encore prouvé que même les favoris ne sont à l’abri de rien. Désormais, les deux principaux favoris de la presse au départ du Tour ont chuté. S’ils finissent aux deux premières places du général à Paris, ils ne pourront pas prendre leur malheur comme excuse même si Valverde a eu plus de jours pour récupérer.

Le vainqueur : Riccardo Ricco nous a montré aujourd’hui qu’il avait la faculté de remporter le Tour de France et s’il n’avait pas attendu le dernier col pour démarrer, s’il était parti dès Peyresourde, son avance sur le groupe des premiers du général auraient été certainement plus grande et son retard sur les favoris au général plus maigres. Voire comblée?

  L’aisance de Ricco était impressionnante, certes! Mais sa façon de se comporter encore plus! Elle sonne même comme une alarme pour Evans, Valverde et Cunego. En effet, l’italien de la Saunier Duval porte bien son surnom : « le cobra ». Il n’a pas hésité à regarder ses adversaires pour les attaquer. N’importe qui d’autre aurait essayé de les surprendre. Lui est parti en les regardant. Comme s’il n’avait peur de rien et surtout comme s’il n’avait pas peur d’eux!

L’imprudence : Dans la dernière montée du jour, le col d’Aspin, Evans et Valverde n’étaient pas du tout bien placés. Bluff de la part de Valverde qui traînait à un moment en queue de peloton? Le coup a déjà été fait en 2001. Une raison pour le refaire en croyant que c’est une raison pour que ses adversaires croient que c’est une défaillance et non une imitation? Défaillance? Pereiro aurait donc commis une erreur en accélérant alors que les coureurs peuvent communiquer par oreillettes? Difficile de donner une explication alors que la réponse sera donnée demain dans la montée d’Hautacam où il ne sera plus possible de se cacher. A moins qu’elle soit donnée dès la montée du Tourmalet en cas de défaillance.

  Quoiqu’il en soit, Valverde n’était pas bien placé dans Aspin aujourd’hui. Celui qui court pour gagner ne doit pas traîner à l’arrière. Un incident peut arriver à tout moment. La chute de Schumacher à Super-Besse nous l’a bien montré. Plus anciennement, la chute de Zoetemelk causée par son équipier Van der Velde dans la montée de Pra-Loup en 1980 aussi.

  Autre imprudence : laisser partir Ricco. C’est peut-être une minute précieuse qu’il a repris aujourd’hui. En effet, s’il refait ce numéro à chaque étape de montagne et qu’à chaque fois les favoris ne peuvent pas suivre, la victoire pourrait bien s’éloigner pour ces derniers.

Le maillot vert : Kim Kirchen aurait dû profiter de cette première vraie étape de montagne pour accroître son avance sur les sprinteurs au classement de la régularité. Au lieu de cela, il n’empoche que quatre points en se classant douzième de l’étape. C’est bien dommage! Avec une arrivée en descente et en disputant le sprint à l’arrivée, il n’en aurait pas trop fait pour se classer troisième et prendre les quinze points. Surtout qu’il a avoué avoir souffert aujourd’hui! S’il n’est pas au mieux dans les prochains jours, s’il ne remporte aucune étape et s’il ne peut ramener le maillot jaune jusqu’aux Champs-Élysées, le maillot vert aurait été une bonne consolation. Pour cela, il faut qu’il profite de l’avantage qu’il a en montagne au lieu de laisser filer bêtement des points précieux.